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Beauraing sous l’occupation

En 1984, les élèves de l’Athénée royal de Beauraing réalisent, avec leur professeur d’histoire, M. Christian Limbrée, une étude de la vie à Beauraing pendant la première guerre mondiale. Leur travail a servi de base au dossier pédagogique de l’exposition organisée par l’Office du tourisme de Beauraing et l’Action laïque de Beauraing du 3 septembre au 15 octobre 2014. En voici un extrait

L’invasion

Le 4 août 1914, c’est le jour de la fête de à Felenne. Les grands axes routiers d’invasion sont jonchés d’arbres abattus.

Mais la cavalerie allemande, par petits groupes, occupe peu à peu les endroits stratégiques et opèrent des reconnaissances dans le pays.

Tandis que la cavalerie française s’efforce de ralentir l’avance de l’ennemi, celui-ci frappe dans le Luxembourg et passe la Lesse dès le 15 août.

Alors que l’aile gauche de la IIIème armée entreprent le siège de Namur et se rend maître de la place le 23 août, un groupe du XIXème corps allemand ne traverse pas la Meuse et longe le fleuve par la route de Focant, Beauraing, Felenne, Hargnies et Fumay dans le but d’encercler, à l’est et au sud, la place forte de Givet.

C’est le 7 août que les dix premiers Uhlans arrivent à Beauraing.

Beauraing où très peu de civils sont allés se cacher dans les bois. Les cavaliers passent dans la rue principale et se dirigent vers Baronville. Là, les gendarmes de Beauraing et Winenne engagent la lutte contre eux et les capturent ; ils les conduisent ensuite à Givet.

Jusqu’au 15, Beauraing est occupé par les Français, des cuirassiers, puis des chasseurs cyclistes.

Madame Degeimbre, petite fille alors, cueillait des pois quand elle vit des cavaliers lancés au galop ; elle se mit à courir, terrifiée vers la ferme des parents. L’officier à cheval, un Français, lui lança "n’ayez pas peur, ma petite, on ne vous fera rien". La petite fille attrapa toute de même la jaunisse...

Le passage des troupes allemandes débute le 20 août. Les Allemands coupent les cordes des cloches et brûlent le drapeau national à Focant. Ils l’enlèvent à Beauraing et occupent la gare, la poste, le téléphone, coupent les fils télégraphiques, exigent la remise de toutes les armes à feu.

Quatre jours plus tôt, un petit groupe de cavaliers allemands essuyait le feu des chasseurs français à Javingue et détalait vers Wancennes.

La nuit du 22 au 23 août, alors que Namur subit toujours le siège, est une nuit terrible : les soldats allemands – qu’on dit être des repris de justice – envahissent la localité, enfoncent portes et fenêtres, brutalisent les habitants, pillent, menacent de tout massacrer.

"On a tiré sur nous !". Le bourgmestre, Monsieur Thiran et les échevins Messieurs de Saint-Omer et Laurent sont arrêtés et interrogés toute la nuit à l’Hôtel du Nord, chez Billy. C’est la maîtrise de la langue allemande par Monsieur Saint-Omer qui a dû, à la longue, calmer les officiers comme fous : Beauraing sera épargné...

Le village était cependant marqué d’un trait rouge sur la carte des officiers allemands. La hargne de l’envahisseur s’abattra sur d’autres localités : Tamines, Dinant, Andenne.

Dès la matinée du 22 août, les Uhlans étaient venus terroriser Javingue en promettant de brûler et de fusiller ; dans l’après-midi, un général allemand affirmait qu’on avait tiré sur ses troupes et que le village serait mis à feu et à sang. Des cavaliers avaient en effet été attaqués, mais par des soldats et des douaniers français venus de Givet par Dion. Épouvantés par la nouvelle, les habitants de Sevry fuient le village et se réfugient dans les bois, au plus fort d’un orage...

Mais, c’est plus loin que les troupes occupantes vont exercer leur cruauté. Elles quittent Javingue dans la nuit du 22 au 23 août.

A Winenne, parfaitement situé sur une hauteur face au fort de Charlemont, les Allemands transforment le clocher de l’église en w.c. et tour d’observation et entretiennent la terreur. Comme les Français tirent au canon sur les concentrations de troupes, la panique s’empare les habitants, qui fuient vers bois.

Le 23 août, à Felenne, des éclaireurs allemands essuient le feu de quarante-cinq dragons français.
Une centaine de hussards allemands se portant en renfort, les Français rompent et se dirigent vers Bourseigne. La majorité des habitants fuit les bois. Les cavaliers allemands inspectent la localité quand un coup de feu est tiré ; un cheval allemand s’effondre.

Aussitôt, les cavaliers se livrent à un pillage complet du village, commettent meurtres et exactions, incendient un pâté de maisons.

La résistance

Rien de comparable à la guerre 40-45, surtout à Beauraing où la situation fut très calme durant tout le conflit.

On cite bien un espion arrêté par les Allemands, qui vivait dans une cabane, des soldats français qu’on aurait cachés et ravitaillés, une résistance passive et administrative dans les chemins de fer, mais en tout cas rien de bien connu. Évidemment, la surveillance de l’occupant était particulièrement efficace.

Le chômage

Le pays étant rural, peu de monde a dû souffrir du chômage dû à la guerre. Cependant, les sans-travail ont pu voir le Comité National de Secours leur venir en aide. La commune aussi, qui met des chômeurs au travail sur les routes et chemins communaux, leur accorde l’essartage de coupes de bois de chauffage et interviennent parfois dans le montant des secours accordés.

Les réquisitions

Elles sont monnaies courantes durant le conflit : l’Allemand vit au pays qu’il a conquis. Viennent un jour les ordres de réquisition du cuivre, du nickel, du bronze ; les armes sont prohibées et réquisitionnées dès les premiers jours d’occupation. "Si toi armé, toi kapout !". Puis, ce sont les fils de clôture, les denrées comme le froment, la pomme de terre, les œufs, le beurre, le jambon, les tissus et la laine ; les animaux, enfin et principalement les chevaux.

Les Allemands tendent parfois des clôtures de la rue de Berry à Saint-Roch et y font trotter les chevaux, puis choisissent les meilleurs. Des chevaux réquisitionnés à Beauraing et partis pour le front, repassent dans la localité deux ans plus tard. Reconnaissant la ferme, les chevaux s’engouffrent dans la cour, entraînant avec eux un canon ; le fermier très heureux de les récupérer.

Le prix des denrées réquisitionnées est fixé par le bourgmestre ou par un expert, en cas de litige.

Évidemment, ce système de réquisition rétribuée devait profiter à certains qui inventaient de toutes pièces des réquisitions pour écouler un excédent ou qui réclamaient des sommes surestimées. L’administration communale de Beauraing y mit un frein en obligeant l’emploi d’une souche officielle numérotée et signée par l’échevin responsable, Monsieur Longly.

Toute espèce de denrées, d’objets, de travaux, de transport ou de charriage, de journée d’hommes ou de chevaux non reprise sur cette souche ne se verra plus rétribuée. La commune appelle en outre à l’honnêteté des administrés pour dénoncer toute personne qui détournerait ou recèlerait des objets réquisitionnés.

Les témoins de la guerre

S’ils sont loin de tout engagement durant le conflit, les habitants de Beauraing, n’en ont pas moins témoins de faits militaires qui ont frappé leur esprit.

L’uniforme des combattants est gravé dans leur mémoire :

Le feldgrau des Allemands, avec les sinistres casques à pointe ou à "Fond plat", avec le harnachement de cuir neuf ; les hussards allemands au petit colack gris, les premiers cavaliers lanciers, dont on disait que c’était des uhlans...

Si l’uniforme coloré des Français au début de la guerre a été remarqué, le bleu horizon à la libération, des kilts des Ecossais, les uniformes des Italiens, des Annamites, des Australiens sont autant de souvenirs précis.

Les Français, il y en a qui sont cachés dans le bois aux alentours. Nous sommes certainement au début de la guerre ; leur officier, parti au ravitaillement à Beauraing, est capturé par les Allemands. Blessé, il est soigné chez les sœurs, à "l’hôpital". Il y est mort avec la certitude que Beauraing brûlait, mais l’intervention de Maître de Saint-Omer a pu sans doute épargner la localité.

Les Beaurinois aperçoivent également l’armement des combattants : les "bia canons" des Allemands, mais aussi leurs chevaux fourbus et leurs charrettes délabrées à la fin de la guerre, un zeppelin, bourdonnant au-dessus de la localité, des aéroplanes, enfin des Taubes, d’autres qui pilonnent le fort de Charlemont, un autre enfin abattu, à la fin de la guerre du bois de Winenne.

L’abbé Guissard mentionne également l’arrivage de quelques centaines de prisonniers anglais, à Beauraing et dans les environs. Leur aspect lamentable provoque force collectes et de provisions et de vêtements. A leur départ pour Rochefort, remis sur pied, les soldats chantent leur reconnaissance aux Beaurinois...

Durant les offensives sur la Somme et à Verdun, c’est un grognement continu que l’on peut percevoir en appliquant l’oreille au sol.

Le ravitaillement

Bouleversée par le conflit, l’économie du pays voit une importante hausse des prix en 14-18.

Si on observe la cherté des aliments, on remarque aussi la rareté des combustibles : le Belge a faim et froid. Alors on cultive le moindre coin, on essarte, on abat des coupes supplémentaires, on glane, on cueille...

Malgré les arrêtés allemands fixant les prix des marchandises, un marché noir s’organise. Il est surtout le fait des fermiers vis-à-vis des citadins à la recherche de nourriture. A ce sujet, on ne peut résister à l’envie de retranscrire cet extrait d’un roman de Roger Saussus, même s’il concerne une autre région de Beauraing :

" Deux citadins en quête de ravitaillement, écument les campagnes et vont mendier dans les fermes ; le soir du premier jour, l’un n’a rien obtenu et n’a rien mangé de la journée ; l’autre a sa valise remplie de nourriture ; le voilà qui explique à son compère la bonne stratégie à employer avec les fermiers...
J’arrive donc dans la cour de mon unique ferme. Je ramasse une bouse de vache, la plus sèche possible pour ne pas me salir. Je l’étale sur ma main. Puis, je vais frapper à la fenêtre. La bonne femme l’entrouvre.
- Bonjour Madame, excusez-moi. Lui dis-je en tendant ma... tarte. Est-ce que je pourrais vous demander un peu de sel, un peu de moutarde ou bien une pincée de sucre pour mettre là-dessus ?
- Qu’est-ce que vous voulez faire de ça ? Me dit-elle éberluée.
- Que voulez-vous que j’en fasse ?... Je vais la manger, pardi.
- Vous n’irez pas me dire que vous mangez ces saletés-là .
- C’est pourtant comme çà, ma bonne dame. Et bien fier encore ! Nous autres, en ville, on serait si heureux d’en avoir à volonté. Je vous demanderai la permission d’en ramasser quelques-unes, pour ma femme et pour mes gosses... C’est un peu indigeste, je le reconnais. Mais quand on a la chance d’avoir l’estomac solide... Vous le savez mieux que moi : tout fait farine au bon moulin.
- Non, non, non ! s’écrie la fermière scandalisée. Je ne veux pas vous voir manger ces horreurs-là ! Entrez.

Elle m’installe à la table, casse trois œufs, me fait frire une omelette au jambon et me coupe des tartines où elle plaque le beurre à la truelle...
Voilà trois ans que je n’avais plus mangé de si bon cœur...

Pendant que je me régale, elle emplit un sachet de farine, emballe un gros morceau de lard, puis un gros morceau de jambon. Et comme si ce n’était pas assez, elle ajoute du pain, une livre de beurre, un sac de pommes de terre...

Le stratagème était simple. Encore fallait-il éviter les trémolos qui risquaient de tout gâter. De l’émotion sans doute, mais beaucoup de naturel et une certaine discrétion. L’ami s’y exerça une
partie de la nuit.

Le lendemain, dans une autre cour de la ferme... Une bouse de vache à la main... Trois petits coups à la fenêtre :
- Bonjour Madame, Excusez-moi... (pour la suite textuelle, voir plus haut).
- Vous ne me ferez pas croire que vous mangez ces saletés-là !
- C’est pourtant comme çà, ma bonne dame. Et bien fier encore ! Nous autres en ville (voir plus haut).
- Non, non, non ! Manger pareille saloperie !... Des bouses toutes sèches et toutes sales qui ont traînés par tous les temps... Jetez ça et entrez.

Elle le conduit à l’étable. Et le doigt tendu vers le sol :
- Tenez en voilà de toutes fraîches... faites comme chez vous... »

Beauraing et ses environs connaissent cette hausse des prix ; mais cette région étant purement rurale, la faim ne se fait guère sentir : chaque famille a son cochon ; on fait son pain (de seigle) ; on cultive ses rutabagas ; on sert son café ersatz ; on aménage des cachettes chez soi où en empile les provisions (bien malin l’Allemand qui arriverait à les découvrir) ; on se met au braconnage.

Et puis, il existe le ravitaillement ; même s’il est insuffisant, même si le lard d’Amérique et le pain au son laissent à désirer. Le Comité National de Secours et d’Alimentation s’implante dans les communes et, avec l’appui des administration communales, vient en aide aux indigents et aux chômeurs, règle le ravitaillement.

La déportation

L’Allemagne a un urgent besoin de tout ; elle réquisitionne les métaux, les tissus, les denrées. Elle monopolise aussi la main-d’œuvre humaine.

Bon nombre de Beaurinois connaissent la déportation vers l’Allemagne, les conditions épouvantables des camps, le froid, la faim, le dénuement, l’épuisement... D’autres sont employés au travail des voies de chemin de fer Houyet-Bertrix.

Le 6 décembre 1916, les hommes de Beauraing et des environs quittent la localité à 5 heures du matin. Certains ont entendu la messe. A 8 heures, ils sont à la gare de Houyet où le tri va durer jusque 15 heures avec brutalités et arrogance. Il y a ceux qui partent et ceux qui restent. Adieux déchirant des familles, cris et pleurs. L’immense train s’ébranle là 15 heures 30 aux accents de la brabançonne.

Jusqu’à leur libération, en juin-juillet 1917, ils sont l’objet d’un dévouement collectif : provisions, nourriture, vêtements, chaussures sont collectés et envoyés vers les camps. Peu de colis parviennent au destinataires, ou alors après un délai important....

Les écoles

En général, les écoles de l’entité sont restées ouvertes durant le conflit.

Mais la pénurie de chauffage et d’ éclairage amène leur fermeture.

Certains établissement logent aussi les tropes d’occupation. Ainsi l’école moyenne de Beauraing, qui verra dès lors ses élèves suivre les cours dans les locaux du château.

Disons que le fait de manquer de classe est pris avec beaucoup de philosophie par les parents et les élèves : un enfant qui n’est pas en classe peut aider à la maison ou à la récolte, peut glaner par-ci par-là quelques épis, peut enfin mendier le pain dans d’autres localités.

Santé-secours

A Beauraing, les sœurs ont organisé, avec les bonnes volontés, un centre de soins où les combattants allemands ou alliés ont pu trouver un lit. Ainsi, lors des combat pour Charlemont.

En 1918, Beauraing connaît – comme la pays tout entier – la terrible grippe espagnole qui fait un nombre impressionnant de victimes.

L’occupant

Systématique et administratif, l’esprit allemand peut se donner à plein dans le contrôle des populations : on invente la carte d’identité, il faut Ausweis et Passierschein, l’administration communale doit sans cesse fournir des chiffres, des recensements ; chaque semaine, à Beauraing, Houyet, Gedinne, les Bourgmestres viennent recevoir ordres et défenses de l’autorité allemande.

L’occupant insiste sur la défense de ravitailler les soldats belges ou français qui seraient cachés dans les bois : une répression dure est promise à ce sujet.

De même le contrôle des hommes de 17 à 45 ans se fait, comme partout ailleurs, une fois par mois ; ce Meldeans a lieu à l’école moyenne.

Tous ces occupants, il faut les loger ; les bâtiments officiels et les écoles n’y suffisent pas . On exige alors l’hébergement des soldats par des particuliers. Ceci pour un jour ou deux, une semaine, quelques mois ou un an...

Souvent, les rapports entre les Beaurinois et les occupants demeurent corrects, mais froids. Les officiers, surtout, se montrent distants.

Ces soldats hébergés sont au nombre d’un ou de deux, mais ils sont plus nombreux dans les fermes. Ceux qui demeurent longtemps à Beauraing finissent par nouer des liens étroits avec les civils. On apprend à se débrouiller dans la langue de l’envahisseur. On invite des soldats couverts de poux à venir se réchauffer et boire un coup à la maison, on ose mendier un peu de charbon à des Allemands pas trop malveillants...

Vie quotidienne – Loisirs – Mentalités

Durant le conflit ; l’église se voit en général bien fréquentée. C’est que le danger invite à la prière, que la dévotion est grande quand un parent est au front ou en déportation.

Mais cette assistance nombreuse aux messes et aux neuvaines diminue au fur et à mesure que s’éloigne le front, que s’étire le conflit. Et ce, principalement chez les hommes : « Patronage des garçons, congrégations des jeunes filles, réunions des mères chrétiennes, association des hommes pour les statuts du Saint Sacrement tout alla à la dégringolade ».

Les deux passages de l’évêque de Namur en juin 1915 et 1918, pour les confirmations dans le doyenné mettent un peu de baume au cœur du doyen qu’il voit son église se dégrader – les finances communales sont grevées de réquisitions – et la pompe extérieure du culte disparaître, les cierges, bougies et encens coûtent chers...

Néanmoins, dans cette paroisse où, selon le curé, le dévergondage progresse, on organise des catéchismes pour les enfants des réfugiés français.

Côté vêtements, c’est le règne du « système D ». On récupère toute :draps de lit, couvertures, vieux cuirs... On fabrique robes, pantalons, manteaux,... La semelle en bois des galoches protège du froid et les braises dans les chaussures évitent l’humidité.

On se débrouille aussi pour bénéficier de dons des plus fortunés, pour obtenir ce vêtement distribué par les États-Unis, pour récupérer le matériel allemand abandonné à la fin de la guerre : bottes, couvertures, tissus,...

Mais on peut aussi acheter en noir à l’occupant : le dessus de la botte allemande fait une belle paire de souliers.

De même, on peut – et on le fait assez souvent – lui dérober du charbon ou des briquettes. Se chauffer pose un problème. Le bon charbon devenant si rare et si cher. Il est vrai que, dans la région, quasi toutes les familles se chauffent au bois.

A la lueur du « rat de cave » ou de la petite lampe à l’huile, le beaurinois peut lire la lettre du parent qui est au front, un journal clandestin venu ici via la Suisse ou la Hollande, ou encore le journal contrôlé par l’occupant.

Mais toute époque a son bon côté et pour l’enfant de 1914, la guerre n’empêche par les jeux : c’est le football pour les garçons, les billes, le quiné, cache-cache, la corde, la balle, le diabolo, le cerceau, la toupie,... Tous les jeux d’extérieur, la pompe à pétrole ou à l’huile ne permettent guère que le lotto ou la poupée. Mais les jeux les plus gais consistaient en farces : le fil de fer tendu en travers de la porte de la Kommandantur faisait bien rire.

Quant aux fêtes populaires, elles ont disparu durant le conflit. On préfère de toute façon se rassembler devant la maison d’un ami et y boire le litre de goutte qu’on est arrivé à dénicher. A côté de cela, quelques représentations théâtrales en wallon dérident des villageois.

La fin de la guerre

En novembre 1918, les bruits d’un armistice proche courent. Les Allemands s’agitent. Des charrois d’automobiles, de charrois et d’hommes se pressent vers l’est.

Il faut attendre encore quelques jours après la signature de l’armistice pour être débarrassé des Allemands.

C’est alors une véritable explosion de joie : on pavoise partout, on élève des arcs de triomphe dans chaque rue. Un Te Deum officiel est donné. Des chars paradent ; les jeunes filles portent fleurs et robes blanches...

Le 26 novembre, les libérateurs nous arrivent par la route de Givet. Ce sont des Italiens, sous les ordres du Général Pitta Suega. On voit des drapeaux, des musiques, des discours pour acclamer ces bouillants soldats. Contrairement à Beauraing, où des hommes de 21 à 40 ans ans formaient une garde bourgeoise, l’administration de Vonêche décide, par contre, de l’annuler.

Ces Italiens, « amoureux comme des puces », regorgent d’imagination pour meubler agréablement leur séjour : bals, fêtes, concerts, cinémas sont organisés. Et si leur phare éclaire d’une façon grandiose l ’église pour la messe de minuit en 1918, leur séjour, selon le doyen, dégrade les moeurs et le sentiment pieux...

Ils quittent la région le 26 février 1919.

Peu à peu, la vie se normalise : les hommes reviennent au foyer, le travail reprend partout. Mais les esprits sont changés : les femmes n’ont-elles pas prouvé leur efficacité et leur nécessité ?

Des fêtes s’organisent dans les villages pour les anciens combattants.

Source : Limbrée Christian et al., Beauraing de 1914 à 1918 in Action laïque de Beauraing, 30 pp.

Exposition : Beauraing à l’époque de la guerre 1914-1918
du 3 septembre au 15 octobre 2014
dans les locaux de l’office du tourisme de Beauraing
Renseignements : 082/71.11.40