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Les reclus de Graide

Pendant 4 ans, une famille de Graide, les Léonet, ont caché dans leur ferme six soldats français. Tout le village était au courant, personne n’a parlé.

Le 20 août 1914, a lieu la bataille de Luchy (près de Bertrix). Un combat sanglant oppose l’armée allemande désireuse de traverser la Belgique au plus vite et l’armée française. Celle-ci perd 1300 hommes, tués, blessés ou disparus. Plusieurs dizaines de soldats français se retrouvent coupés de leur régiment et errent dans les bois. Parmi eux, il y a le Lieutenant Victor Guilhem-Ducléon et ses cinq compagnons.

Les six soldats français du 20ème R.I 8ème Cie (de gauche à droite et de bas en haut) : François Dumont, Victor Guilhem Ducléon (lieutenant), Laurent Daniel, Albert Deyson, Emile Maginal (blessé au combat à Luchy) et Louis Boissié

Dans un premier temps, ils se cachent dans la forêt mais rapidement une patrouille allemande découvre leur cabane et l’incendie. Ils élisent ensuite domicile à quatre mètres sous terre dans un ancien puits de mine à la sortie du village de Graide (Bièvre). Ils doivent encore déménager quand leur cachette menace de s’effondrer.

Un porc pour monter la garde

Le 16 novembre, ils arrivent, épuisés et affamés, à la ferme de la famille Léonet. Celle-ci les accueille à bras ouverts. La France vient de remporter la bataille de la Marne. Tous sont convaincus que l’armée française sera bientôt là et que les soldats pourront rapidement regagner leur régiment.

La famille et une partie des soldats français

Les hommes sont, les six premiers mois, cachés dans un trou creusé dans le foin. Puis une cachette est aménagée au-dessus du fournil, sous le toit. Finalement, les six Français s’installent dans le fournil lui-même où, sous la direction du lieutenant, ils s’occupent de fabriquer des chaises, de monter des paniers, des corbeilles à pain ou tournent différents objets d’usage courant. Ce réduit sera leur résidence de jour jusqu’à la fin de leur captivité.

L’entrée du fournil

A partir du 18 février 1916, ils dorment et se cachent à la moindre alerte dans un souterrain creusé par un fils de la maison et dont l’entrée a été confiée au plus beau porc de la région.

La cachette

Une cachette jamais découverte

La ferme dans laquelle sont cachés les six hommes est mitoyenne avec la ferme voisine. Rapidement, les voisins directs connaissent le secret de la famille Léonet. Et puis finalement, c’est tout le village de Graide qui est au courant. Mais, pendant 4 ans, personne ne parlera.

La maison des Léonet

Il paraît cependant évident que les Allemands ont eu des soupçons. Ils ont d’ailleurs multiplié les perquisitions dans le village mais n’ont jamais découvert la fameuse cachette. Les six Français quittent Graide le 15 novembre 1918, quelques jours avant l’armistice.

La chapelle de la Famille Léonet

Pendant la guerre, les Léonet vivent dans la peur. Si les Allemands découvrent qu’ils cachent des soldats français dans leur ferme, c’est assurément la mort qui les attend. Tous les villageois connaissent le sort qui a été réservé aux civils accusés, sans aucune preuve, d’être des francs-tireurs. Dans le village voisin, à Bièvre, 17 personnes ont été assassinées les 23 et 24 août 14 par les soldats allemands.

La famille Léonet

Les Léonet font alors une promesse : s’ils ne sont pas dénoncés et que le village de Graide ne subit aucun dommage, ils érigeront une chapelle pour remercier la Sainte-Vierge.
En 1920, la famille avec l’aide de tout le village honore cette promesse. Une chapelle est construite à la sortie du village. Il y a quelques années, les héritiers l’ont donnée à la commune de Bièvre qui va bientôt entreprendre des travaux de restauration.

Céline Sérusiaux avec Yvon Barbazon

Source : Luc Hiernaux, "Les reclus de Graide" in Entre Ardenne et Meuse asbl, Lavaux-Sainte-Anne, 1992